Cupides ou stupides
(Lettres au président du Syndicat des Médecins Libéraux)
2/10/06 par ES

Amours barbares
25/11/04 par le Pr H.P. Mosis

VIOQ
L’étude qui fait trembler le corps médical

25/11/04 par ES

La chimiothérapie «maison» du docteur POTLATSCH,
20/11/04 par ES

L'association nous a baptisé "section". Peuh! Nous revendiquons le titre de SECTE. Nous vénérons le Cynisme et les Idées Noires, nous adorons faire peur aux Bien Pensants, nous nous méfions des personnes d'humeur égale.
Fort heureusement, les gens de bonne humeur sont de grands pudiques: ils ont leurs coups de barre comme les autres, qu'ils ne montrent pas. Nous les invitons à rejoindre les Ventilationnistes, derniers des Bouffons.

L'hallux valgus est pour le podologue,
l'anus vastus est pour le proctologue.

       


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Amours barbares
25/11/04 par le Pr H.P. Mosis, défenseur en herbe


Par une journée pluvieuse de l'été 450, le roi Attila reçut un curieux émissaire en provenance de Constantinople. Il s'agissait d'un gros homme jaune à la voix haut perchée, aux cheveux poudrés, aux doigts boudinés disparaissant sous les bagues. Sa toge d'apparat lourdement brodée ne portait aucunement les traces du long voyage qu'il venait de faire avec sa petite escorte de dix cavaliers. Mais la sueur et la poussière du chemin dessinaient fortement un entrelac de rides autour de chacun de ses yeux. Un léger tremblement de la lèvre le faisait finalement paraitre pitoyable alors qu'il attendait devant le palais en rondins, ses pieds chaussés de babouches délicates enfoncés dans un mélange de boue et de déjections porcines et aviaires.
La capitale des terribles Huns était située à l'extrémité orientale de l'ancienne province romaine de Pannonie, dans une vaste plaine au pied des monts de Zemplen, à l'emplacement actuel de la ville de Tokay en Haute-Hongrie, réputée pour ses vignobles prestigieux.
Mais à cette époque sombre et anarchique, il n'y avait ni vignobles, ni cultures. L'émissaire replet qui avait dû franchir les montagnes des balkans et remonter pendant des jours sous des orages le cours du Danube jusqu'aux vastes plaines alluviales et sablonneuses de l'ancienne Pannonie, n'avait rencontré que ruine et désolation. Il était impossible d'imaginer que moins de dix années plus tôt, des villes imposantes et prospères telles que Sirmium, Ratiara, Marcianopolis et Sardica assuraient d'agréables étapes aux voyageurs. Même la trace de leurs fortifications avait été effacée du sol calciné. Les paysans de ces régions racontaient encore, en baissant la tête, les massacres effroyables de femmes, d'enfants, de vieillards et de soldats qui furent perpétrés pendant ces sièges. Ayant fait preuve d'une cruauté insoupconnable à l'entendement de leurs victimes ramollies par le luxe et les vices de la civilisation byzantine, les barbares gagnèrent un respect servile et craintif chez les survivants.
L'effrayante multitude des Huns (on disait qu'Attila disposait d'une armée de sept cent mille hommes avec laquelle il avait semé la terreur de la mer d'Azov aux rivages de la Baltique et de l'Hellespont) se tenait tranquille depuis qu'elle avait obtenu un vaste territoire et un tribut annuel de deux milles livres d'or à la signature en 446 du traité de paix avec le faible Empereur d'Orient, Théodose II.
Ce peuple de nomades qui avait fait vaciller l'ordre mondial était maintenant regroupé dans une immense ville de tentes et de chariots au milieu desquels s'élevaient les maisons des dignitaires, des femmes favorites et l'austère palais de bois sculpté construit sur une éminence d'où il dominait le camp tout entier.
Lorsqu'Attila donna audience au gros homme, celui-ci lui révéla qu'il n'était pas un envoyé officiel mais un œnuque au service de la princesse Honoria. L'émissaire lui remit une bague ayant appartenu à la princesse, un foulard de soie parfumé et un message lui conjurant de la demander comme légitime épouse. A ces mots, les petits yeux enfoncés dans la tête difforme et basanée du roi des Huns se mirent à rouler dans leurs orbites. D'une démarche fière qui annoncait bien son sentiment de supériorité sur l'ensemble du genre humain, Attila fit quelques pas en se grattant une affreuse barbiche plantée au milieu du menton. Une excitation commencait à faire palpiter son pelvis de loup des steppes. Que pouvait bien signifier cette demande ? Honoria ! La sœur de Valentinien III, empereur romain d'Occident. Un empire qu'il convoitait depuis des années, surtout les bonnes terres grasses de la province de Gaule. Honoria, réputée jadis pour son exquise beauté et la chaleur torride de son tempérament... Attila savait qu'elle était retenue en captivité depuis dix ans dans un couvent de Constantinople après qu'elle se fut trouvée grosse à seize ans des œuvres de son chambellan Eugène. L'empereur son frère, avait préféré l'éloigner de Ravenne, cour impériale d'Occident depuis que Rome avait été saccagée par les Goths. Les mauvaises langues disaient que son bannissement n'avait aucunement éteint les ardeurs amoureuses de la princesse. Attila, qui possédait déjà plusieurs dizaines de femmes jaunes et épaisses, aux forts relents de musc et de lait caillé, et poilues comme des truies de vikings, se sentit soudain furieusement flatté d'avoir enflammé ainsi, par sa simple renommée, le cœur d'une telle femme, une femme dont la subtilité prévisible des effluves charnelles et des étreintes satinées commençait déjà à perturber gravement son intelligence. Il se déclara aussitôt l'amant et le défenseur de la princesse Honoria.
Alors que l'émissaire-œunuque venait tout juste de prendre le chemin du retour, Attila envoya ses ambassadeurs bride abattue à Constantinople porter une déclaration par laquelle il demandait la main de la princesse ainsi que la part à laquelle elle avait droit de prétendre dans le patrimoine impérial.
Mais pendant ces quelques semaines, les choses avaient changé dans l'empire d'Orient. L'empereur Théodose II qui avait fait crouler son peuple sous les impôts, dilapidant le trésor impérial en faste inutile et en dons envers ses favoris, qui avait rougi, tremblé et baissé la tête sous les insultes des barbares, venait de mourir des suites d'une chute de cheval.
Marcien, son beau-frère, monta sur le trône le 25 aout 450. Il possédait le courage qui avait manqué à son prédécesseur et cette fois, les ambassadeurs d'Attila reçurent un refus ferme. Honoria, quant à elle, fut immédiatement renvoyée en Italie pour y être enfermée dans une obscure prison de Ravenne, traitée comme une vulgaire espionne qui avait tenté de pactiser avec les hordes de Huns. Ravenne était une forteresse imprenable. Aucun chef barbare ne serait assez fou pour venir y installer un siège, a fortiori pour une simple histoire de fesses.
Mais Attila n'était pas homme à se soumettre. Profondément humilié par ce refus et tenant là l'aiguillon lubrique pour se remettre en selle, il annonca publiquement son intention d'envahir la Gaule. Ce choix paradoxal obéissait à une stratégie réfléchie. Le roi des Huns n'était certes pas cet homme cruel et répugnant que la légende nous a dépeint, dormant sur son cheval, se nourrissant d'ail et de chair crue, ne se lavant jamais et affectionnant les massacres les plus abominables. C'était un maître équitable et indulgent, un diplomate habile qui savait tenir parole, un grand rassembleur de peuples hétéroclites dont il savait se faire respecter et un chef de guerre remarquable qui ne se lancait pas tête baissée dans des batailles meurtrières. Comme tout chef barbare de l'époque, il était fasciné par l'Empire qu'il combattait faute de pouvoir y être intégré avec les honneurs. Son secrétaire d'état était un haut fonctionnaire romain nommé Oreste. Le général Aetius, l'homme le plus illustre et le plus vénéré de son temps, celui qui avait la charge de soutenir les ruines prêtes à s'écrouler de l'empire d'Occident, avait été jadis son ami. Carpilio, le fils d'Aetius, fut élevé dans le camp d'Attila. Des bataillons de Huns avaient même combattu quelque temps dans les rangs de l'armée romaine d'Aetius pour repousser les invasions vandales et suèves.
Mais beaucoup de temps avait passé. Attila était poussé à la guerre par son peuple et par la fédération de barbares alliés dont la seule source d'enrichissement était le pillage des villes conquises. L'Empire Romain d'Orient, ravagé et humilié par des traités ruineux, ne représentait plus une proie intéressante. La Gaule, elle, était fertile, riche et militairement affaiblie. De plus, Attila savait que s'il voulait vaincre l'Empire Romain d'Occident et voir tomber Ravenne comme un fruit mûr, il lui faudrait d'abord écraser Aetius, le défenseur des Gaules.
En cette année 450, l'autorité romaine avait beaucoup de mal à se maintenir sur le territoire gaulois. Les grands propriétaires terriens, inquiets des invasions et convaincus que les légions n'étaient plus capables d'assurer leur sécurité, avaient appelés eux-mêmes certaines tribus barbares pour les défendre. Celles ci recevaient en échange un tiers ou la moitié du sol ou des revenus
du sol, ce qui était souvent moins lourd que les impôts levés par Ravenne. C'est ainsi que les Alains s'étaient installés dans les vallées de la Loire et du Rhône et que les Burgondes occupaient, à titre "d'hôtes" les vallées de la Saone, de la Drome et toute la région du lac Léman. Tout le sud-ouest était occupé par les Wisigoths dont le royaume avait acquis force et solidité sous la conduite du roi Théodoric et dont l'armée était la plus puissante de Gaule. Mais Théodoric avait son attention détournée ailleurs, tout occupé qu'il était à organiser une expédition en Afrique pour venger sa fille défigurée par le roi des Vandales. Quant aux Francs, ils règnaient sur la petite ville de Tournai en Belgique. et leur roi Mérovée, qui avait conclu un traité avec Aetius pour la défense commune de la Gaule, était très critiqué dans son propre camp.
L'histoire officielle dira qu'Attila avait déjà tout manigancé bien avant les déclarations amoureuses d'Honoria et qu'il profita de l'absence de Mérovée, en voyage à Ravenne, pour s'allier avec le frère de celui-ci et faire passer le Rhin à ses troupes. Mais certains chroniqueurs affirment qu'en réalité, il était follement ulcéré par les refus successifs de l'empereur Valentinien III à lui livrer la belle Honoria et que la contemplation de portraits ainsi que la perspective obsessionnelle d'accouplements salaces autant que libidineux avait fini par exciter sa concupiscence au point de lui ôter tout appétit et tout sommeil et de transformer cette irrépressible impétuosité des sens en fureur guerrière. Sans les conseils de prudence de son état-major, il se serait probablement rué sur l'Italie du nord.
En automne 450, les Huns et leurs alliés traversèrent le Rhin sur un pont de bateaux et déferlèrent sur les provinces gauloises. La consternation fut générale. Les villes de Troyes, de Tongres et de Metz furent livrées aux flammes. A Metz, les prêtres et les enfants qui s'étaient réfugiés dans l'église furent massacrés sans distinction tant la rage d'Attila avait atteint son acmé après une épuisante autant que stérile nuit de compulsion onanique effrénée. La ville fut si bien rasée que les survivants s'empressèrent de construire une petite chapelle pour se rappeler l'emplacement qu'elle occupait. A Tongres, ils découpèrent en morceaux tous les habitants après en avoir lu l'injonction dans l'examen d'entrailles d'un foetus retiré à l'épée du ventre chaud et palpitant de sa mère. Puis les Huns traversèrent la Seine à Auxerre et marchèrent sur Orléans, dédaignant Lutèce où une folle nommée Geneviève faisait l'hytérique sur les remparts. Orléans était un poste important qui contrôlait toute la riche région de Loire et les tribus d'Alains qui y étaient installés avaient promis aux espions d'Attila de trahir les romains et de lui livrer la ville. Mais la conspiration fut découverte et les habitants d'Orléans se préparèrent courageusement au siège, amassant des réserves et consolidant en toute hâte les fortifications de la ville. Les Huns s'épuisèrent en assauts successifs qui furent tous repoussés.
Sous sa tente royale, Attila, de plus en plus frappadingue, tournait en rond comme un singe en rut, bourrinant et rebourrinant en songe l'étui voluptueux de sa dulcinée.
Les semaines passèrent. Profitant de ce délai, le général Aetius, en manque de soldats, parvint à convaincre Théodoric, le roi des Wisigoths, de surseoir à sa campagne d'Afrique et d'associer son armée aux légions romaines pour sauver le territoire gaulois. Le sort de la Gaule toute entière était bien dans les mains de ce roi toulousain, ancien barbare romanisé, bel homme aux cheveux longs et aux joues rasées de près, dont les ançêtres crasseux avaient fui jadis devant les cavaliers des steppes.
Ce fut le jour même où les Huns ouvrirent enfin une brèche dans les remparts d'Orléans que les escadrons d'Aetius et de Théodoric apparurent à l'horizon. Bien évidemment, Anianus, l'évèque de la ville, fit passer cela pour un miracle. Attila, lorsqu'il vit l'énorme nuage de poussière soulevé par les coalisés, préféra lever le siège et fit sonner la retraite. Il repassa la Seine, imposant un rythme effréné à ses hommes et alla attendre l'ennemi dans les plaines de Châlon où sa cavalerie pourrait maneuvrer avec plus de facilité.
Le 20 juin 451, les deux armées se rencontrèrent aux Champs Cataloniques.
Dans l'aube d'un matin gris, avant de disposer ses troupes en ordre de bataille, Attila, les yeux creux, le teint terreux et la lippe spumeuse, harangua longuement ses hommes qui commencaient à craindre l'affrontement. Il leur révéla que l'examen des entrailles et des os d'un soldat avait prédit la mort du roi Théodoric, leur plus redoutable ennemi, et qu'ils n'auraient rien à craindre des bataillons romains qui ne savaient plus supporter les fatigues et les dangers d'une bataille. Il leur assura que les dieux les protègeraient des dards de leurs ennemis. Il appela tour à tour ses lieutenants, leur parla de leurs anciens exploits, du danger présent et des récompenses à venir. Puis ils se mirent en ordre de combat.
Tous les peuples, depuis la Volga jusqu'à l'Atlantique étaient représentés, attroupements d'hommes aux cheveux longs resserrés en natte, torse nu pour la plupart et simplement armés de lances et de boucliers. Seules les légions romaines, équipées de pied en cap, donnaient un semblant d'ordre aux deux terribles masses humaines qui s'avançaient lentement l'une vers l'autre. La bataille, telle que la décrivit l'historien Cassiodore, fut "terrible, longtemps douteuse, opiniâtre et sanglante, telle qu'on n'en avait point vu dans les siècles précédents". Une première charge de cavalerie des Huns fut stoppée net par une pluie de flèches et de javelots. Une deuxième charge réussit à percer le centre de la coalition romaine et, dans un mouvement d'enroulement rapide, isola l'aile gauche occupée par les wisigoths.
Pendant ce temps, les infanteries des deux armées se mélaient dans un terrible corps à corps. A la tête de sa cavalerie, Attila semait la panique dans les rangs des wisigoths. Théodoric, qui galopait en tous sens pour ranimer l'ardeur de ses soldats, tomba soudain de son cheval, mortellement blessé par un jet de javelot. Dans le désordre qui s'ensuivit, le roi défunt fut piétiné par ses troupes en déroute et les sabots de la cavalerie barbare. Mais les Huns, croyant la partie gagnée, mirent leurs flancs à découvert et le vaillant Torismond, lieutenant d'Aetius retourna brusquement la situation en déferlant sur eux avec des troupes fraiches et bien organisées. Seule la tombée de la nuit sauva Attila d'une défaite totale. Une bonne partie de ses alliés, Hérules, Thuringiens et Gépides, avait déjà fui le champ de bataille où des milliers de blessés lancaient des hurlements de bête, griffaient la terre, s'emplissaient la bouche et les narines de boue et s'arrachaient les yeux pour ne plus voir cet amas de viande humaine agonisante dont ils faisaient partie. Les Huns se réfugièrent derrière un rempart de chariots et Attila fit dresser un bûcher formé de selles de chevaux pour être prêt à se précipiter dans les flammes si l'ennemi forçait son camp. Mais les romains, dans la confusion du combat, ne voyant plus Aetius qui s'était déporté trop loin sur la gauche et entendant des soldats crier la mort de Torismond, se retirèrent dans leur camp.
Une fois le calme revenu, de part et d'autre, on dressa le bilan. Cent soixante, peut-être deux cent mille morts... Sans compter les blessés, que l'on entendait gémir dans la nuit et que personne n'osait aller secourir... Torismond, celui qui avait retourné le cours de la bataille, regagna finalement ses lignes au milieu de la nuit, une jambe fracassée, et fut acclamé en héros.
Le lendemain, les Wisigoths enterrèrent et pleurèrent leur roi. Derrière l'enceinte de leurs chariots, les Huns ressemblaient à des lions rugissants harcelés par les chasseurs, tapant de l'épée sur leurs boucliers et poussant des hurlements à glacer le sang. Pendant plusieurs jours, les deux camps se firent face sans oser à nouveau livrer bataille. Et un matin, les Huns se réveillèrent surpris du profond silence qui régnait sur les plaines de Châlon. Aetius et ses troupes s'étaient retirés pendant la nuit, abandonnant les Huns à leur demi-défaite. Plus tard, Aetius confia qu'il avait craint de rendre, par la destruction des Huns, la puissance des Wisigoths trop redoutable. Peut-être ses anciens liens d'amitié lui avaient également dicté de ne pas porter le coup fatal à Attila.
Ayant perdus trop d'hommes, les Huns se replièrent et repassèrent le Rhin. Au passage, ils se vengèrent sur les Francs qui avaient rejoint le camp romain sous l'impulsion de Mérovée.
Les habitants des villages traversés furent écartelés par les chevaux, écrasés par les roues des chariots, et leurs membres éparpillés au bord des routes. A Tournai, capitale de Francs, deux cent jeunes vierges furent rassemblées, livrées à l'ardeur des soldats en rut et finalement passées au fil de l'épée.
Arrivé en Pannonie, Attila, fou de rage, reconstitua ses troupes en décrétant la mobilisation générale et, de plus en plus habité par ses démons concupiscents, demanda une nouvelle fois aux romains de lui livrer la princesse Honoria. Comme on ne lui répondait pas, il passa les Alpes au printemps 452 et envahit l'Italie du nord sans plus tenir aucun compte des conseils de modération de son état-major.
Mais cette fois, la fortune sourit à l'audacieux. Aetius, revenu de Gaule, eut toutes les peines du monde à lever une nouvelle armée. Il faut dire que les romains avaient depuis longtemps renoncé au métier des armes. Les plaines du Pô furent ravagées. Aquilée, autre place forte réputée imprenable fut rasée, ainsi que Pavie, Milan, Vérone et Bergame. Les habitants de la Vénétie se réfugièrent sur les îles d'une lagune et fondèrent la république de Venise. Devant l'approche du danger, le pleutre Valentinien III et sa cour firent la grave erreur de quitter Ravenne pour Rome, emmenant une Honoria toute excitée dans leurs bagages. Attila, son champion, son guerrier à l'arbalète lustrée, venait la délivrer et lui pourfendre la rosette de son gaillard gourdin.
Comme les barbares approchaient de l'ancienne capitale impériale, le sénat se dépécha d'envoyer à Attila une ambassade solennelle menée par Léon, évèque de Rome. La rencontre eut lieu sur les bords du lac Benacus, non loin de la ville de Mantoue. L'éloquence de Léon, son allure prestigieuse et ses habits pontificaux impressionnèrent vivement le roi des Huns. La légende dira plus tard qu'au moment où Léon s'avanca vers les barbares en leur faisant un signe de paix, un terrible orage éclata dans le ciel tandis que les nuées dessinaient la silhouette d'un viel homme furieux jetant des poignées d'éclairs sur la terre. Au seizième siècle, le jeune peintre florentin Raphaël représenta l'évènement par une fresque que l'on peut encore voir au palais du Vatican. La silhouette nuageuse y est remplacé par saint Pierre et saint Paul, le glaive à la main, faisant se cabrer le cheval d'Attila et mettant en fuite les Huns affolés dont l'enchevètrement des lances penchées vers la droite contraste fortement avec la verticalité de la croix catholique tenue par le commandant de la garde impériale.
Comment ajouter foi à cette représentation manichéenne de l'Ordre et du Chaos face à face ? Que s'est-il réellement passé ce jour là ? Qu'a pu bien dire Léon à Attila qui le fasse rebrousser chemin aux portes de Rome ? Les historiens auront beau jeu d'expliquer que la peste sévissait dans les rangs de l'armée des Huns et que la lecture des entrailles avait prédit la mort d'Attila s'il s'avisait de conquérir la Ville Eternelle, ce ne sont là que des explications partielles.
Quoi qu'il en soit, le lendemain de cette entrevue, Attila reprenait la route de Pannonie et les vieux livres deviennent curieusement muets sur le sort de l'infortunée Honoria, tout se passant exactement comme si une transaction avait eu lieu et que Léon ait échangé la princesse contre la promesse du retrait des barbares.
Il convient d'extirper maintenant de la poussière des siècles les pages du journal d'un soldat Bagaude qui combattait dans l'armée barbare.
Celui ci s'étonne que le roi des Huns demeura enfermé dans son charriot tout le chemin du retour, bombant et ripaillant avec une telle force que le vacarme s'en répandait dans tous les rangs de son escorte et que de nombreux rires et gloussements de femme furent même distinctement entendus bien que toutes les épouses du roi fussent restées en Pannonie. Mais les hommes frustes de l'époque, accoutumés aux manifestations surnaturelles, se dirent que la déesse Diane était descendue du Panthéon pour accorder au conquérant de l'univers un peu d'apaisante félicité. Tous ces soldats qui révaient de s'approprier les richesses de Rome, suivaient maintenant sans broncher leur roi dans sa volte-face. La puissance persuasive de Léon avait-elle été à ce point efficace sur ces milliers de barbares prêts à piller la Ville Eternelle ?
Le voyage dura vingt jours, vingt longues journées à travers les Alpes pendant lesquels les soldats n'apercurent point leur maître. Mais pour l'entendre, ils l'entendirent, tout au moins les hommes de la garde rapprochée. Le Bagaude relate que de son chariot, Attila criait en latin, qu'il maitrisait parfaitement mais utilisait rarement, des phrases telles que : "Ad costem tibi septimam recondam !" (Je te l'enfoncerai jusqu'à la septième côte), ou : "Secti podicis usque ad umbilicum !" (Je vais te fendre le cul jusqu'au nombril). L'excès de spasmes graveleux amena plusieurs fois Attila au bord de l'apoplexie syncopale. C'est du moins ce que rapporte le soldat Bagaude qui vit plusieurs fois le médecin de la troupe monter dans le chariot royal pour procéder à des saignées salvatrices. Questionné de toutes parts sur ce qu'il aurait pu voir, le médecin avait fini par lâcher d'un air sarcastique : "Mentula cum doleat puero, illa culus, non sum divinus, sed scio quid faciat." (Quand ce garçon se plaint d'avoir mal à la queue et elle au cul, je ne suis pas devin, mais je sais ce qu'ils ont fait.). Et qui pouvait donc être d'autre cette femme que la princesse Honoria en personne ?
Mais la suite de l'histoire semble apporter un démenti cinglant à cette séduisante hypothèse : à peine arrivé dans son camp, Attila
décide d'épouser sur le champ une jeune beauté barbare nommée Idlico qui était venue l'acceuillir avec un groupe d'adolescentes nubiles. Le soir de ses noces, accablé de vin et de fatigue, il quitte fort tard les plaisirs de la viande pour se livrer à ceux de la chair. Le lendemain, la journée touche à sa fin quand les serviteurs, inquiets du silence, se précipitent dans la chambre de leur maître. Il trouvent Attila sur le sol froid, étouffé par son sang et la jeune épouse, qui semblait avoir vieilli de dix ans, assise tremblante au bord du lit.
Alors, selon la coutume, ils coupèrent une partie de leurs cheveux, et se firent au visage de profondes blessures pour pleurer, non avec des larmes comme des femmes, mais avec leur sang. Le corps d'Attila, enfermé dans trois cerceuils, le premier d'or, le second d'argent et le dernier de fer, fut mis en terre et recouvert de trophées, de pierres précieuses et d'ornements divers ainsi que des corps des prisonniers qui avaient creusé la tombe. Les Huns terminèrent la fête en se livrant autour du sépulcre à tous les excès de la peine et de la débauche. Ainsi finissaient un règne de dix neuf ans et la suprématie du peuple des Huns sur les nations de la Scythie et de la Germanie
Un an plus tard, en 453, Aetius, celui qui avait laissé la vie sauve à Attila aux Champs Cataloniques et qui n'avait pas su empêcher l'invasion de l'Italie du nord, était assassiné par la main même de l'empereur Valentinien III, lequel fut massacré peu de temps après par des soldats vengeurs.
En 476, Romulus Augustule, le dernier empereur romain d'Occident, était déchu de ses fonctions par un général barbare nommé Odoacre. Par une dérision du destin, ce jeune empereur déchu était le propre fils d'Oreste, l'ancien secrétaire d'état d'Attila.
Vingt ans plus tard, Clovis, le petit-fils de Mérovée, étendait le royaume franc à toute la Gaule déromanisée.
En 498, alors que Clovis se faisait baptiser à Reims par l'évèque Rémi, la dernière femme d'Attila, celle que l'on nommait Idlico, rendit l'âme sur les bords de la mer Noire où Dengisich, dernier fils vivant du roi des Huns, s'était réfugié après avoir été chassé de ses territoires par les Gépides et les Ostrogoths.
Idlico, sur son lit de mort, prétendit qu'elle était la princesse Honoria. D'une voix entrecoupée par les spasmes de l'agonie et de la honte mélés, elle raconta à sa dame de compagnie quel genre de partie triangulaire s'était réellement déroulée la nuit où Attila, terrassé par un excès de volupté, s'était éteint, et comment, de rage, elle avait tuée et enterrée de ses propres mains dans le sol glaiseux de la tente royale la jeune fille qu'ils avaient voulu associer à leurs insatiables étreintes.

L'histoire fut rapportée dans tout le campement. Personne ne la crut et la vieille femme fut enterrée sans tumulus, sans ornement funéraire et sans nom, à l'emplacement exact qu'occupe actuellement un immeuble sale de trois étages dans la petite ville balnéaire de Sozopol en Bulgarie.


H.P.MOSIS 1995


VIOQ
L’étude qui fait trembler le corps médical

Cette étude menée pendant 10 ans dans le comté de Freemantle (état du New Jersey) sur des personnes âgées de 85 à 105 ans est une première par son originalité et ses conclusions. Baptisée VIOQ (Vivacity Impertinent Oldsters Quotas), elle avait pour but de corréler la longévité et la bonne santé de cette tranche d’âge au suivi médical et hospitalier. Les résultats sont consternants pour le milieu médical. Il apparaît en effet que la longévité exempte de pathologies graves est inversement proportionnelle au nombre de consultations, et ceci, d’une façon d’autant plus nette que l’âge est élevé.
Dans la tranche de 85 à 90 ans, les personnes en excellente santé ne prenant aucun traitement au long cours consultent en moyenne de une à trois fois par an et n’ont pas subi plus de trois bilan sanguins ou consulté plus de 5 fois avant l’âge de 70 ans (en dehors des accouchements). Dans la tranche d’âge de 100 à 105 ans, les statistiques sont encore plus surprenantes : seul 1% des centenaires a eu recours à la médecine, et pour des motifs mineurs (furoncle, suture d’une plaie, piqure d’insecte). Aucun vielliard en bonne santé dans la tranche d’âge au delà de 90 ans n’a subi de coloscopie, de dosage des antigènes prostatiques, ou même une simple radio pulmonaire au long de toute sa vie.
Doit-on en conclure que la longévité de nos seniors ne doit rien aux progrès de la médecine moderne ? Le débat est ouvert. Déjà, certains esprits critiques avaient fait remarquer que tous les grands hommes de l’antiquité atteignaient un âge canonique (Platon, Aristote, etc…) lorsqu’ils n’étaient pas empoisonnés (Socrate) ou tués sur un champ de bataille. D’autres études avaient également laissé suggérer que la longévité était plus le fait d’un état d’esprit particulier (optimiste, curieux et non-conformiste) plutôt que la dépossession de sa santé au profit d’un corps médical toujours enclin, quelle que soit l’époque, à des excès fâcheux dans la recherche de l’efficacité.

25/11/04 par ES


La chimiothérapie «maison» du docteur POTLATSCH

Emigré hongrois vivant aux Etats-Unis depuis 1966, le docteur Potlatsch est à l’origine d’une découverte stupéfiante que la communauté scientifique cherche par tous les moyens à garder sous silence. Ayant mené une existence d’ascète, ce sympathique pédiatre fut assez dépité lorsqu’on lui diagnostiqua, en avril 1992, alors qu’il atteignait ses 52 ans, une tumeur du larynx de fort mauvais pronostic. Atteint par le désespoir et peu décidé à accepter un traitement conventionnel délabrant, il décida de mettre fin à ses jours. Pour ce faire, il s’enferma dans son appartement du lower east side, à Manhattan, avec une caisse de bon vin de Bordeaux, une cartouche de cigarettes, des tranquilisants et une arme de poing. Après une nuit de libation solitaire et de tabagisme compulsif, il s’endormit fort heureusement avant de se tirer une balle dans la tête. Lorsqu’il sortit de son état comateux deux jours plus tard, il se sentit étrangement mieux et sa voix avait repris le timbre de sa jeunesse. Dans la semaine qui suivit, il fit des tests de contrôle au centre de cancérologie. Quelle ne fut pas la stupéfaction des spécialistes lorsqu’ils constatèrent que toute trace de tumeur avait disparu !
Depuis, le docteur Potlatsch milite en vain pour faire reconnaître sa méthode pour le traitement des cancers de la sphère ORL, ce qui lui a valu plusieurs internements en milieu psychiatrique et des menaces de mort de l’industrie pharmaceutique.
Sa méthode est d’une simplicité déconcertante : après trois semaines d’un régime hypocalorique strict enrichi en vitamines anti-oxydantes et associé à une activité physique intense, il faut s’administrer dans un délai de trois heures deux à trois bouteilles d’un bon vin français en inhalant la fumée d’une cinquantaine de cigarettes.
Le traitement agirait par l’effet anti-cancérigène des flavonoïdes contenus dans la peau de raisin rouge, associé à une privation d’oxygène tumoral du fait de la surcharge de l’hémoglobine en oxyde de carbone. Un effet nécrotique direct sur la tumeur lié au benzène et aux goudrons contenus dans le tabac n’est également pas à exclure.
Le traitement est d’autant plus efficace que les sujets ne sont pas alcoolo-tabagiques compulsifs, mais il semble qu’un arrêt complet de trois semaines avant la cure soit suffisant.

20/11/2004 par ES