Le culte des vieux 24/07/06
Les sociétés occidentales et traditionnelles
s'opposent sur le culte des vieux.
Nous avons tous connu l'inexpérience de la jeunesse et acquis au
fil du temps une stabilité, née paradoxalement de nos erreurs.
Les solutions que nous y avons trouvé, entre autres tout simplement
ne pas les refaire, donnent à l'âge mûr son bel aplomb.
Nous avons tous aussi connu le foisonnement et la plasticité cérébrale
de la jeunesse. Quel parent ne s'extasie pas devant les trouvailles de
ses enfants et son aisance à manipuler les objets technologiques?
L'ancien bénéficie d'un énorme avantage de position:
nous quittons tous la jeunesse pour nous diriger vers lui. C'est la ligne
d'arrivée! Il a normalement le rôle d'un soutien éducatif
et matériel pour le jeune. Cette inclinaison diminue dans les sociétés
modernes, de plus en plus égoïstes et à l'éducation
étatisée.
L'ancien n'était pas bien longtemps une charge pour la société
jusqu'aux dernières générations. Son espérance
de vie s'est à présent prolongée longtemps après
la fin de sa vie active, paradoxalement plus précoce qu'auparavant.
La transmission de son expérience, quand elle se répète,
devient moins précieuse, peut être assimilée à
du radotage. Le coût de son maintien en bonne santé s'est
considérablement alourdi.
Le décor est planté. il n'est pas surprenant de voir les
civilisations traditionnelles toujours organisées autour du culte
des vieux, tandis que les sociétés occidentales, en évolution
rapide, donnent plus d'importance à l'âge florissant de la
vie, les 3è et 4è décennies, et tentent de remiser
au placard les plus âgés. Sans trop savoir comment en assumer
le coût... mais c'est un autre sujet.
Le poids des personnes âgées, par le nombre et la richesse,
a démarré une inédite guerre inter-générationnelle.
Les mouvements étudiants et maintenant lycéens sont les
prémisses d'un "parti des jeunes".
En Nouvelle-Calédonie ces cultures se heurtent.
Les occidentaux ont contaminé les jeunes mélanésiens
avec le rejet de l'hégémonie du vieux. Terreau d'autant
plus fertile qu'ils quittent le milieu familial et forment de nouvelles
tribus par tranche d'âge et convergence d'intérêt,
à l'instar des banlieues métropolitaines. Cet abandon de
la coutume secoue durement la société mélanésienne
et les anciens ne savent pas comment y répondre sinon en assouplissant
leur conservatisme.
Ce n'est pas suffisant et de nouveaux codes sont à bâtir.
Les kanaks manquent d'une voix pour les guider. D'un côté
des dirigeants, soit autoritaires et accrochés à leurs privilèges,
soit discrets parce que leurs revenus sonnent désagréablement
dans la culture du partage et qu'ils les cachent, soit dépassés
par la lourdeur de la tâche. De l'autre côté des jeunes
impatients, avides de participer au rêve occidental et ses avantages
matériels, adeptes des raccourcis pour y parvenir. Beaucoup de
l'élite intellectuelle kanak est expatriée. Partis pour
études, et ayant élargi leur vision, ils ne sont pas revenus
montrer le chemin. Dommage. Je donnerais plus volontiers un blanc-seing
politique à celui qui ne réclame rien... qu'à celui
qui vient réclamer ce qu'il dit mériter... par sa naissance.
Les wallisiens sont moins touchés. Soudés
par leur statut de minorité, ils respectent mieux leurs coutumes,
et en particulier le culte des vieux. Leur société est néanmoins
beaucoup plus ouverte qu'à Wallis. Ils sont un bon exemple d'une
évolution en douceur, pragmatique.
La plupart des minorités calédoniennes sont dans la même
situation. Elles ne peuvent se prévaloir ni d'une formation compétitive
dans les écoles françaises, ni d'un droit du premier arrivant.
Impossible d'aller s'installer sur le banc des assistés. Il faut
retrousser ses manches, devenir caméléon, et apprécier
chacune des journées qui passent. Ceux-là conservent des
valeurs et respectent leurs vieux... sans les vénérer.
Un modèle pour ceux qui ne retroussent pas assez leurs manches
ou qui demandent à l'Etat de s'occuper de leurs vieux? 
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